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La presse en parle

LE PROBLÈME DE L'ÉCOLE ET DE L'ENSEIGNEMENT... COMPÉTITIF

Les systèmes éducatifs, de par le monde, et les méthodes d'enseignement qui y sont appliquées devraient changer, si l'on veut que l'humanité de demain évolue dans l'harmonie et la paix, et que la coopération remplace la compétition à tous les niveaux de la société. Pour le moment, les progrès réalisés sont encore minces.

[Quota de réussite au bac]

Des mauvaises langues rapportent que depuis quelques années, en France, les correcteurs du bac ont reçu la consigne de relever les notes de certains candidats (on n'en précise pas le nombre) de 2 à 3 points pour pouvoir les rattraper et atteindre ainsi le quota de 80% de réussite à cet examen, selon l'objectif que s'est fixé le ministère de l'Éducation Nationale. En cette année 2013, ministère, professeurs et parents peuvent être vraiment fiers des résultats obtenus, car ce quota a été largement dépassé : 86,8 % ! Si les lauréats doivent leur diplôme à leur mérite personnel, on ne peut que les féliciter ! Mais si les résultats obtenus sont dus, pour certains, à un rattrapage qui permet de maintenir les statistiques de réussite à un niveau imposé par une autorité administrative, on pourrait dire alors que l’école de la République n’est plus faite pour former des citoyens et développer leur intelligence, mais pour leur décerner des diplômes ! En France, on attribue aux diplômes - devenus pratiquement les seuls critères de sélection sur le marché du travail - beaucoup trop d’importance. Quant aux qualités et au potentiel réels de l’individu, on ne les prend que rarement en compte. Veut-on vraiment dans ce pays continuer à fabriquer des bacheliers en masse, comme l'industriel produit une marchandise pour la grande consommation, comme le constructeur automobile fabrique des voitures en série pour les vendre au plus grand nombre ?

À l'école, en France, on s'est donc fixé un quota de rendement, comme dans une entreprise qui travaille pour la commercialisation de ses produits, et qui est tenue de réaliser une productivité maximale pour répondre aux exigences du marché et se maintenir face à la concurrence. N'est-on pas en train de reproduire au sein de l'école le schéma de l'économie de marché, dont le leitmotiv est la concurrence par la productivité ? L'acquisition massive des savoirs, avec pour conséquence des programmes surchargés, est une autre illustration de ce productivisme intellectuel. On cherche à produire des têtes bien pleines - société de consommation oblige - plutôt que des têtes bien faites !

[La compétition au sein de l’école]

Afin d'être plus tard compétitifs sur le marché de l'emploi, et d'avoir les meilleures places où qu'ils se trouvent, les élèves doivent déjà apprendre au sein de l'école à rivaliser entre eux... par le biais des notes du professeur. Émulation bénéfique, diront certains ! Pas forcément, car la méthode de notation utilisée a plutôt tendance à encourager les plus forts, et à "pointer" les plus faibles, au point de les amener à se sous-estimer. Il ne faudrait pas que la notation ait une signification seconde et rime avec connotation ! La note - s'il fallait absolument en donner une - devrait être un outil servant à apprécier le niveau d'un élève plutôt qu'à sanctionner sa valeur individuelle par rapport au groupe. Mais le système éducatif français n'est pas une exception. Dans beaucoup de pays industrialisés, en Occident, également au Japon, il règne au sein de l’école la même atmosphère de compétition, qui oblige les élèves d'intelligence inégale, ayant chacun des motivations différentes, des modes de compréhension différents à suivre les mêmes méthodes, à poursuivre les mêmes objectifs s’appuyant sur les mêmes critères. D'où le stress, l'angoisse, la dysharmonie. Ces enfants, quelle que soit leur origine sociale ou ethnique, ne sont pas nés pour vivre dans une atmosphère de compétition, mais pour demeurer en paix avec leur milieu et avec eux-mêmes. Les moins doués, et les plus fragiles - pour lesquels il aurait dû y avoir un enseignement adapté - sont alors dévalorisés. Ils se découragent et peuvent devenir violents. On touche là à l'une des principales causes de la violence en milieu scolaire. Mais celle-ci est encore avivée par le climat général de compétition qui règne au sein de la société tout entière.

[L'échec des élèves, c'est aussi celui de l'école... et de la société]

L'échec des élèves, c'est aussi celui de l'école. Certains professeurs, eux-mêmes prisonniers du système - c'est le système qu'il faut remettre en cause, et non les maîtres et les professeurs -, ont tiré depuis longtemps la sonnette d'alarme, et ont même écrit des livres accusateurs, tel celui de Jean-Paul Brighelli, qui soutient que l'école est devenue : « La fabrique du crétin ». C'est lui qui le dit. Peut-être conviendrait-il de ne pas aller aussi loin ! Mais derrière la dureté du propos, il y a le désir d'éveiller les consciences et de faire changer les choses, en montrant que notre système éducatif est inadapté (voir, entre autres, l'exemple de ces étudiants qui, à leur entrée à l'université, ne maîtrisent pas l'orthographe et la syntaxe).

Qui peut nier que l'école, où qu'elle se trouve, quel que soit le pays, est à l'image de la société dans laquelle elle s'intègre ? On a l'école qu'on mérite. Toute école, tant soit peu organisée, là où elle existe vraiment - certains pays du tiers monde ou du quart monde ne possèdent que des embryons d'écoles -, reflète la culture d'un peuple et se trouve toujours en accord avec le modèle social, politique et économique du pays. Elle reflète toujours la conception qu'on a de l'homme en général, et de l'enfant en particulier.

[Le modèle finlandais]

Dans des pays où le système économique libéral ne sévit pas à outrance, comme en Finlande, par exemple, où les gouvernements sont tour à tour centristes ou sociaux-démocrates, l'école est plutôt une réussite. Dans ce pays, on privilégie l'enfant au savoir. Le savoir n'est qu'un instrument. On ne court pas après les performances, on n'établit pas de quota de réussite. On ne cherche pas à faire du « chiffre », comme dans une entreprise ! Il y a une personnalisation de l'éducation. Les professeurs - qui bénéficient d’un statut valorisant - travaillent en collaboration étroite avec les parents, et aident chaque élève à accéder au statut de personne humaine. Dans cette atmosphère de confiance, de sérénité et de coopération (le contraire est compétition), l'enfant se responsabilise par le savoir, développe sa personnalité et permet à son Soi de se réaliser sans entrave. Ce qui le met dans les meilleures conditions possible pour réussir dans la vie, mais également pour réussir sa vie. L'école doit être celle du savoir, mais également celle de la vie, celle où l'on apprend les lois de la vie. L'école doit éduquer au sens large du terme, contrairement à ce que prétendent beaucoup trop de pédagogues, en France même.

[Pour une autre conception de l’enfant]

Lorsque les responsables politiques, les gouvernants auront une autre conception de l'enfant, une idée plus large de la dignité de sa personne, lorsqu'ils admettront que chaque individu vient au monde en tant qu'âme, avec un certain niveau de développement et d'évolution, avec un acquis différent de celui de son petit camarade, un acquis qu'il hérite d'une incarnation précédente, alors tous les problèmes d'éducation seront résolus. On comprendra alors - encore faudra-t-il admettre au préalable l'idée de réincarnation, ne serait-ce qu'à titre d'hypothèse de travail - qu'un enfant est venu sur terre, pour une vie donnée, afin de développer tout son potentiel sur le plan physique, émotionnel, mental, mais également spirituel. D'où la nécessité de comprendre ce phénomène pour ne pas contrarier son projet de vie et les desseins de son âme. C'est pour cette raison que les enseignements et les apprentissages doivent être adaptés à chaque cas particulier, en fonction du développement de chacun. Ce n'est pas une utopie. C'est parfaitement réalisable (voir l'exemple de la Finlande).

[Personnalisation de l'éducation]

Si l'on choisit de s'occuper de chaque élève individuellement, les vieilles structures éducatives devront disparaître. Ainsi, il faudra commencer par dispenser aux professeurs - dont les effectifs devront augmenter et non diminuer - une formation très spécialisée en pédagogie et en psychologie. La psychologie, en France comme ailleurs, n'en est qu'à ses balbutiements. Pourquoi ? Parce qu’elle ne s'occupe que du psychisme. Elle s'arrête à la personnalité, et ignore ce qu'il y a au-delà. Elle devra devenir la psychologie de l'âme, sinon l'enseignement ne pourra être correctement personnalisé. L'école finlandaise, elle, est sur la bonne voie. Dans un contexte de personnalisation de l'éducation, la nécessité d'un changement des structures économiques s'imposera d'elle-même. Pour répondre à ces exigences, il faudra un budget approprié, au service d'une politique sociale généreuse, fondée sur le principe du partage, et non plus, comme c’est le cas maintenant, sur la compétition et la concurrence. Tout cela veut dire qu'une école où la personne humaine est mise en avant, et où chaque individu est valorisé ne pourra plus cohabiter avec notre système économique libéral actuel où règne la loi de la jungle, celle du plus fort.

L'éducation pour tous, et si possible personnalisé, devrait, dans un souci de partage, profiter à l'ensemble de l'humanité. Près de deux cents millions d'enfants dans le monde ne vont pas à l'école. Or, toute personne a droit à l'éducation (article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme). Il est donc indispensable que les pays riches aident les pays pauvres à développer leur système éducatif, en leur fournissant les moyens financiers nécessaires pour réaliser une telle œuvre. Le recul de l'ignorance peut seul permettre de construire un monde nouveau où régneront la paix, la justice et la liberté.

[Martin Moreau].
Posté le 08/08/2013 11:58:22 Réaagissez à cet article
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